Bilan démographique 2025 : la Bretagne gagne 20 800 habitants malgré 11 ans de déficit naturel

3 510 100 habitants. C'est le nouveau cap franchi par la Bretagne au 1er janvier 2026. En un an, la région a gagné 20 800 habitants, une progression de 0,6 % qui confirme son attractivité exceptionnelle. Pourtant, derrière ce chiffre flatteur se cache une réalité démographique plus contrastée : pour la 11e année consécutive, les naissances sont moins nombreuses que les décès. Alors que la Bretagne séduit toujours autant les nouveaux arrivants, son solde naturel ne cesse de se creuser. Décryptage des chiffres publiés par l'Insee le 26 février 2026 .
Une croissance démographique deux fois plus élevée qu'en France
La Bretagne franchit le cap des 3,5 millions d'habitants
Au 1er janvier 2026, la population bretonne est officiellement estimée à 3 510 100 habitants . Ce chiffre marque une étape symbolique : la région dépasse désormais le seuil des 3,5 millions d'habitants, confirmant sa place parmi les territoires les plus dynamiques de l'Hexagone.
Avec une hausse de 0,6 % en un an, la Bretagne affiche un rythme de croissance deux fois supérieur à la moyenne nationale (+0,3 %) . Cette performance place la région parmi les plus attractives de France, derrière la Corse, l'Occitanie et les Pays de la Loire.
Un dynamisme porté uniquement par les arrivées
L'élément le plus frappant de ce bilan démographique 2025 est le suivant : la croissance bretonne repose exclusivement sur le solde migratoire.
Autrement dit, ce sont les arrivées de nouveaux habitants, plus nombreuses que les départs, qui expliquent à elles seules la hausse de la population. En moyenne, la région gagne 0,8 % de sa population chaque année grâce aux migrations, compensant largement un solde naturel négatif de 0,1 % .
"Cet excédent migratoire tient essentiellement dans l'arrivée de nouveaux habitants en provenance d'Île-de-France et des deux régions limitrophes, les Pays de la Loire et la Normandie", souligne l'Insee Bretagne .
Les quatre visages de la démographie bretonne
La croissance démographique n'est pas uniforme sur le territoire. Les quatre départements bretons affichent des dynamiques contrastées :
Département | Population 2026 | Évolution annuelle | Âge moyen |
|---|---|---|---|
Ille-et-Vilaine (35) | 1 134 891 hab. | +0,8 % | 40,7 ans |
Morbihan (56) | 789 465 hab. | +0,7 % | 45,9 ans |
Finistère (29) | 936 238 hab. | +0,5 % | 44,9 ans |
Côtes-d'Armor (22) | 615 301 hab. | +0,3 % | 46,1 ans |
Ille-et-Vilaine caracole en tête : le département gagne environ 10 000 habitants chaque année en moyenne, avec une croissance annuelle de 0,8 % . C'est le seul département breton dont l'âge moyen (40,7 ans) est inférieur à la moyenne nationale.
Le Morbihan connaît une accélération remarquable de sa progression démographique, portée par l'attractivité du littoral et du golfe du Morbihan.
À l'inverse, les Côtes-d'Armor affichent la croissance la plus modérée (+0,3 %). Avec un âge moyen de 46,1 ans, les Costarmoricains sont les plus âgés de la région.
28 200 naissances : un niveau historiquement bas depuis le XXe siècle
La fécondité bretonne en chute libre
C'est le signal d'alarme de ce bilan 2025 : 28 200 bébés sont nés en Bretagne, soit 200 de moins qu'en 2024. L'Insee est sans équivoque : "Ce nombre de naissances est historiquement bas, le plus faible observé depuis le début du XXe siècle" .
Cette chute de la natalité s'inscrit dans une tendance amorcée dès 2007. En moins de vingt ans, le nombre de naissances a diminué de près d'un quart .
La raison principale ? La baisse de la fécondité. L'indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) s'établit désormais à 1,51 enfant par femme en Bretagne pour 2025, contre 1,55 en 2024 . À titre de comparaison, il atteignait encore 2,00 enfants par femme en 2012 .
Tous les départements bretons sont concernés par ce recul :
Département | Indice de fécondité 2024 | Évolution |
|---|---|---|
Côtes-d'Armor | 1,70 | le plus élevé |
Morbihan | 1,63 | en baisse |
Finistère | 1,51 | en baisse |
Ille-et-Vilaine | 1,49 | le plus bas |
"Les femmes font de moins en moins de bébés en Bretagne", résumait déjà France 3 en novembre 2024, en pointant que l'année 2023 avait enregistré un quart de naissances de moins qu'en 2006 .
L'âge moyen à l'accouchement progresse
Autre tendance lourde : les Bretonnes deviennent mères plus tard. L'âge moyen à l'accouchement atteint désormais 31 ans . Ce recul de l'âge maternel contribue mécaniquement à la diminution du nombre de naissances.
37 900 décès : le poids du vieillissement
Un solde naturel négatif pour la 11e année consécutive
Pendant que les naissances s'effondrent, les décès continuent de progresser. En 2025, 37 900 personnes domiciliées en Bretagne sont décédées, soit 300 de plus qu'en 2024 (+1,1 %) .
Le solde naturel — la différence entre naissances et décès — atteint ainsi -9 700 pour l'année 2025. C'est la 11e année consécutive que le nombre de décès dépasse celui des naissances en Bretagne . L'écart ne cesse de se creuser année après année.
Une espérance de vie en légère progression
Malgré cette hausse des décès, l'espérance de vie continue de progresser modestement :
Femmes : 85,3 ans (contre 85,2 ans en 2024)
Hommes : 79,6 ans (contre 79,4 ans en 2024)
L'Ille-et-Vilaine affiche les meilleures performances avec une espérance de vie de 86,4 ans pour les femmes et 80,8 ans pour les hommes .
Le vieillissement : le défi majeur de la décennie
Un Breton sur quatre a au moins 65 ans
C'est peut-être l'enseignement le plus important de ce bilan démographique 2025 : la population bretonne vieillit plus vite que la moyenne nationale.
Au 1er janvier 2026, un quart des Bretons (25 %) a au moins 65 ans, contre seulement 21 % en 2016 . À titre de comparaison, la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus en France métropolitaine est de 22,2 % .
L'âge moyen des habitants de la région atteint désormais 43,9 ans, soit un an et demi de plus que la moyenne nationale (42,4 ans) .
Les disparités départementales
Le vieillissement n'épargne aucun territoire, mais les écarts sont importants :
Côtes-d'Armor : 46,1 ans — la population la plus âgée
Morbihan : 45,9 ans — très marqué par l'attractivité des retraités sur le littoral
Finistère : 44,9 ans
Ille-et-Vilaine : 40,7 ans — le seul département breton plus jeune que la moyenne nationale
"Dans les Côtes-d'Armor, le Finistère et le Morbihan, les migrations sont dues, dans une proportion importante, à l'afflux d'une population âgée attirée par le littoral", analyse Dominique David sur ABP . Les personnes âgées qui s'installent — ou reviennent — sur le territoire contribuent à la fois à la hausse des décès et à la stagnation des naissances.
Des conséquences multiples
Ce vieillissement accéléré a des conséquences concrètes sur l'ensemble de la vie régionale :
Pression accrue sur les services de santé et les Ehpad
Défis pour le marché du travail et le financement des retraites
Tensions sur le marché immobilier dans les zones littorales prisées par les retraités
Évolution des services publics vers les besoins des seniors
Une étude récente de l'Insee souligne que d'ici 2050, la France comptera près de 700 000 seniors en perte d'autonomie supplémentaires, une hausse qui sera particulièrement marquée sur le littoral atlantique .
Les mariages : une exception dans le tableau
Une hausse record de 8,5 % en deux ans
Au milieu de ces tendances préoccupantes, une note d'optimisme : le nombre de mariages augmente fortement en Bretagne.
En 2025, 12 400 mariages ont été célébrés dans la région, contre 11 400 en 2023, soit une hausse de 8,5 % en deux ans . C'est la progression la plus élevée de toutes les régions métropolitaines.
À titre de comparaison, la hausse des mariages en France sur la même période n'est que de 4,1 %. Comme en 2023 et 2024, 3 % des mariages unissent des personnes de même sexe, une proportion identique à la moyenne nationale .
Cette embellie des unions pourrait, à terme, contribuer à soutenir la natalité, même si l'effet reste à confirmer dans les années à venir.
La Bretagne historique frôle les 5 millions d'habitants
Quand on ajoute la Loire-Atlantique
Un regard élargi sur la Bretagne historique — incluant la Loire-Atlantique — donne une autre dimension à ces chiffres.
Au 1er janvier 2026, la Loire-Atlantique compte 1 487 570 habitants (population légale en vigueur) . En additionnant les cinq départements bretons historiques (44, 35, 22, 56, 29), on obtient 4 997 670 habitants.
La Bretagne historique atteint donc pratiquement les 5 millions d'habitants. "Compte tenu des arrondis statistiques et de la dynamique démographique particulièrement forte en Loire-Atlantique, le seuil symbolique des 5 millions est désormais franchi", souligne l'Agence Bretagne Presse .
Pour l'ensemble des cinq départements, on peut estimer :
Environ 40 000 naissances
Près de 54 000 décès
Un solde naturel négatif d'environ –13 800
Cette analyse confirme que, comme pour la Bretagne administrative, la croissance de la Bretagne historique repose principalement sur un solde migratoire positif, et non sur la natalité.
Synthèse : les chiffres clés du bilan démographique 2025
Indicateur | Valeur 2025 | Évolution |
|---|---|---|
Population totale | 3 510 100 hab. | +20 800 hab. (+0,6 %) |
Naissances | 28 200 | -200 (-0,7 %) |
Décès | 37 900 | +300 (+1,1 %) |
Solde naturel | –9 700 | 11e année consécutive négative |
Indice de fécondité | 1,51 enfant/femme | En baisse (2,00 en 2012) |
Âge moyen | 43,9 ans | +1,5 an vs moyenne nationale |
65 ans et plus | 25 % | Contre 21 % en 2016 |
Mariages | 12 400 | +8,5 % en deux ans |
Ce qu'il faut retenir
Le bilan démographique 2025 de la Bretagne dessine le portrait d'une région à deux visages.
D'un côté, l'attractivité exceptionnelle : avec un rythme de croissance double de la moyenne nationale, la Bretagne continue d'attirer de nouveaux habitants, principalement d'Île-de-France et des régions voisines. Elle franchit le cap des 3,5 millions d'habitants et confirme son statut de terre d'accueil privilégiée.
De l'autre côté, les défis du vieillissement : 11 années consécutives de déficit naturel, des naissances au plus bas depuis plus d'un siècle, une fécondité en chute libre, et une population qui vieillit plus vite qu'ailleurs. Un quart des Bretons a désormais 65 ans ou plus.
Cette dualité structurelle est appelée à s'accentuer dans les années à venir. La Bretagne devra composer avec une population de plus en plus âgée, tout en continuant d'attirer les actifs et les jeunes familles qui font son dynamisme. Un défi démographique et économique majeur pour la décennie qui s'ouvre.
Sources : Insee Bretagne (Flash n°111, février 2025, et bilan 2025 publié le 26 février 2026), Bretagne Économique, RCF Rennes, France 3 Bretagne, Le Télégramme, Agence Bretagne Presse.


