Côtes-d'Armor vs Ille-et-Vilaine : les 4 visages de la démographie bretonne

Par Rédaction 5 min de lecture
Côtes-d'Armor vs Ille-et-Vilaine : les 4 visages de la démographie bretonne

Entre l'Ille-et-Vilaine, moteur démographique qui attire les jeunes actifs et affiche le seul solde naturel positif de la région, et les Côtes-d'Armor, territoire vieillissant où les décès surpassent largement les naissances, la Bretagne révèle ses contrastes. Loin d'être un territoire homogène, la région se décompose en quatre visages démographiques distincts, que l'Insee vient de détailler dans son bilan 2025. Décryptage des fractures qui traversent la péninsule.

Au 1er janvier 2026, la Bretagne franchit le cap des 3,5 millions d'habitants avec 3 510 100 résidents . Une progression de 0,6 % en un an, deux fois supérieure à la moyenne nationale. Pourtant, derrière cette croissance flatteuse, les disparités entre départements n'ont jamais été aussi marquées.

L'Ille-et-Vilaine caracole en tête avec une hausse de 0,8 % , tandis que les Côtes-d'Armor peinent à suivre avec seulement 0,3 % de croissance annuelle .

Entre ces deux extrêmes, le Finistère (+0,5 %) et le Morbihan (+0,7 %) occupent des positions intermédiaires qui dessinent une géographie démographique complexe.

"L'Ille-et-Vilaine est le seul département de la région à présenter un solde naturel positif" , souligne l'Insee Bretagne dans son Flash n°121 publié en février 2026 . Une singularité qui s'explique par des dynamiques migratoires et des structures par âge radicalement différentes.

Tableau comparatif : les chiffres clés par département

Indicateur

Côtes-d'Armor (22)

Finistère (29)

Ille-et-Vilaine (35)

Morbihan (56)

Bretagne

Population 2026

617 550 hab.

945 340 hab.

1 148 210 hab.

798 958 hab.

3 510 058 hab.

Évolution annuelle

+0,3 %

+0,5 %

+0,8 %

+0,7 %

+0,6 %

Naissances 2025

4 400

7 100

10 700

6 000

28 200

Décès 2025

8 000

11 000

9 400

9 500

37 900

Solde naturel

-3 600

-3 900

+1 300

-3 500

-9 700

Âge moyen

46,1 ans

44,9 ans

40,7 ans

45,9 ans

43,9 ans

Indice fécondité

1,57

1,47

1,48

1,59

1,51

Espérance vie (F/H)

84,8 / 78,5

84,8 / 79,0

86,0 / 80,9

85,4 / 79,2

85,3 / 79,6

Sources : Insee Flash Bretagne n°121, février 2026

Visage n°1 : L'Ille-et-Vilaine, le moteur démographique

Un solde naturel unique en Bretagne

Avec 1 148 210 habitants au 1er janvier 2026, l'Ille-et-Vilaine concentre à lui seul près d'un tiers de la population bretonne . Mais ce qui distingue véritablement ce département, c'est son solde naturel positif de +1 300 : 10 700 naissances pour 9 400 décès en 2025 .

C'est la seule des quatre départements bretons à se situer dans cette configuration. Partout ailleurs, les décès surpassent les naissances. Une performance qui s'explique par une structure par âge plus jeune : l'âge moyen des Ille-et-Vilainais est de 40,7 ans, contre 43,9 ans pour la moyenne régionale et 42,4 ans pour la moyenne nationale .

L'attractivité rennaise en moteur

Le dynamisme du département est largement porté par Rennes et sa métropole. Selon les données de l'Insee, Rennes Métropole a gagné 32 749 habitants entre 2017 et 2023, soit une progression de 7,3 % en six ans . La ville-centre elle-même a gagné plus de 14 000 habitants sur la période .

Les communes de la première couronne rennaise connaissent des croissances spectaculaires :

  • Cesson-Sévigné : 18 761 habitants

  • Bruz : 19 683 habitants

  • Saint-Jacques-de-la-Lande : 13 800 habitants

  • Betton : 12 964 habitants

Cette attractivité s'explique par un taux de chômage de 6,1 % , le plus bas des grandes métropoles françaises de sa catégorie, et par une offre d'enseignement supérieur reconnue qui attire chaque année des milliers d'étudiants.

Des espérance de vie record

L'Ille-et-Vilaine affiche également les meilleures performances en matière d'espérance de vie :

  • Femmes : 86,0 ans

  • Hommes : 80,9 ans

Ces chiffres dépassent la moyenne nationale (85,9 ans pour les femmes, 80,3 ans pour les hommes) et placent le département en tête de la région sur ce critère .

Visage n°2 : Les Côtes-d'Armor, le territoire du vieillissement

Une croissance atone

Avec 617 550 habitants et une croissance annuelle de seulement 0,3 % , les Côtes-d'Armor ferment la marche des départements bretons . Le rythme est trois fois inférieur à celui de l'Ille-et-Vilaine et inférieur même à la moyenne nationale (+0,3 %).

Le département comptait 611 859 habitants en 2023 (population municipale) et a gagné 13 045 habitants entre 2017 et 2023, soit une progression de 2,2 % sur six ans . Un chiffre qui contraste avec les 5,7 % de l'Ille-et-Vilaine sur la même période.

Un solde naturel profondément négatif

Avec 4 400 naissances pour 8 000 décès en 2025, les Côtes-d'Armor enregistrent un solde naturel de -3 600 . C'est le deuxième déficit le plus élevé de la région, derrière le Finistère (-3 900).

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • L'âge moyen le plus élevé de Bretagne : 46,1 ans

  • La fécondité la plus haute paradoxalement : 1,57 enfant par femme, soit au-dessus de la moyenne régionale

  • Une espérance de vie plus faible : 84,8 ans pour les femmes, seulement 78,5 ans pour les hommes

Des disparités internes marquées

À l'échelle des intercommunalités costarmoricaines, les contrastes sont saisissants :

EPCI

Évolution 2017-2023

Dynamique

Dinan Agglomération

+4,3 %

Dynamique

Lamballe Terre et Mer

+3,5 %

Dynamique

Lannion-Trégor Communauté

+1,4 %

Modérée

Saint-Brieuc Armor Agglomération

+1,6 %

Modérée

Guingamp-Paimpol Agglomération

+0,6 %

Atone

Kreiz-Breizh

+0,3 %

Très atone

"Dans les Côtes-d'Armor, la croissance démographique entre 2017 et 2023 a bénéficié préférentiellement aux communes situées dans un grand quart nord-est du département" , analyse Armorstat . À l'inverse, certaines zones du Centre-Bretagne et de l'ouest costarmoricain perdent des habitants.

Visage n°3 : Le Morbihan, l'attractivité paradoxale

Une croissance soutenue par les arrivées

Avec 798 958 habitants et une progression annuelle de 0,7 % , le Morbihan se place en deuxième position des départements bretons pour la croissance démographique . Pourtant, comme les Côtes-d'Armor et le Finistère, son solde naturel est profondément négatif : -3 500 (6 000 naissances pour 9 500 décès) .

Le littoral sud, aimant à retraités

La singularité morbihannaise réside dans son attractivité résidentielle exceptionnelle. Le Golfe du Morbihan et le littoral sud attirent massivement une population âgée, venue s'installer dans un cadre de vie préservé.

"Dans le Morbihan, les migrations sont dues, dans une proportion importante, à l'afflux d'une population âgée attirée par le littoral" , analyse Dominique David sur ABP . Ces arrivées contribuent à la croissance démographique mais pèsent sur le solde naturel, puisque les personnes âgées génèrent mécaniquement moins de naissances et davantage de décès.

Des territoires ultra-dynamiques

Certaines intercommunalités morbihannaises affichent des croissances spectaculaires :

  • Golfe du Morbihan - Vannes Agglomération : +7,4 % entre 2017 et 2023

  • Auray Quiberon Terre Atlantique : +5,3 %

  • Lorient Agglomération : +2,8 %

Visage n°4 : Le Finistère, entre littoral dynamique et centre en difficulté

Une situation intermédiaire

Avec 945 340 habitants et une croissance annuelle de 0,5 % , le Finistère occupe une position médiane . Son solde naturel est le plus négatif de la région : -3 900 (7 100 naissances pour 11 000 décès) .

L'âge moyen s'établit à 44,9 ans, et l'espérance de vie est de 84,8 ans pour les femmes et 79,0 ans pour les hommes .

Une géographie démographique contrastée

Le Finistère illustre parfaitement la fracture entre littoral et intérieur :

Territoire

Dynamique

Brest Métropole

+2,6 % entre 2017 et 2023

Pays d'Iroise

+4,6 %

Pays Bigouden Sud

+3,4 %

Haut-Léon Communauté

+0,8 %

À l'inverse, certaines zones du Centre-Finistère et du pays de Morlaix connaissent des évolutions plus modérées.

Les forces en présence : comprendre les fractures bretonnes

Le poids de l'histoire et de la géographie

Les contrastes démographiques entre les départements bretons ne sont pas nouveaux. Ils s'inscrivent dans une longue tendance historique amorcée dès les Trente Glorieuses .

L'Ille-et-Vilaine a bénéficié de l'essor de Rennes, devenue métropole régionale et pôle universitaire majeur. Le Morbihan et le Finistère ont vu leur littoral se transformer en résidence privilégiée pour les retraités et les populations en quête de cadre de vie.

Deux types de migration

L'analyse des flux migratoires permet de distinguer deux dynamiques distinctes :

  1. Les populations actives arrivent préférentiellement dans les centres urbains, notamment en Ille-et-Vilaine. Elles contribuent au solde naturel par leur âge favorable à la procréation.

  2. Les personnes âgées s'installent massivement sur le littoral sud (Morbihan) et ouest (Finistère). Leur arrivée augmente la population totale mais dégrade le solde naturel.

Un enjeu de services publics

Ces dynamiques démographiques contrastées posent des défis majeurs en matière de services publics. L'Ille-et-Vilaine doit faire face à une pression sur le logement et les infrastructures . À l'inverse, les territoires vieillissants des Côtes-d'Armor et du Morbihan doivent adapter leur offre de soins, leurs services à la personne et leur politique de maintien à domicile.

Les évolutions par EPCI : le maillage fin du territoire

L'analyse à l'échelle des intercommunalités révèle des disparités encore plus fines :

EPCI (département)

Évolution 2017-2023

Dynamique

Val d'Ille-Aubigné (35)

+8,5 %

Très forte

Côte d'Emeraude (35)

+8,2 %

Très forte

Rennes Métropole (35)

+7,3 %

Très forte

Golfe du Morbihan - Vannes Agglomération (56)

+7,4 %

Très forte

Pays Fouesnantais (29)

+7,4 %

Très forte

Dinan Agglomération (22)

+4,3 %

Soutenue

Brest Métropole (29)

+2,6 %

Modérée

Saint-Brieuc Armor Agglomération (22)

+1,6 %

Modérée

Guingamp-Paimpol Agglomération (22)

+0,6 %

Atone

Kreiz-Breizh (22)

+0,3 %

Très atone

Ce qu'il faut retenir

La démographie bretonne se décline en quatre visages distincts :

1. L'Ille-et-Vilaine, le moteur : seul département à solde naturel positif, porté par la dynamique rennaise et une population jeune. C'est le territoire de l'avenir démographique breton.

2. Les Côtes-d'Armor, le territoire en difficulté : croissance atone, population la plus âgée, solde naturel fortement négatif. Un défi pour le maintien des services publics.

3. Le Morbihan, l'attractivité paradoxale : forte croissance portée par l'arrivée de retraités sur le littoral, mais solde naturel négatif qui creuse les inégalités territoriales.

4. Le Finistère, la situation intermédiaire : entre dynamisme littoral et fragilité du Centre-Bretagne, il reflète la complexité des équilibres bretons.

À l'échelle de la Bretagne historique — incluant la Loire-Atlantique — la population atteint désormais 5 millions d'habitants, avec une dynamique portée par les deux départements de l'Est (35 et 44) qui concentrent les jeunes actifs et les naissances .

La fracture démographique bretonne n'est pas une fatalité, mais elle impose aux décideurs publics une adaptation fine des politiques territoriales. Entre accompagnement du vieillissement dans l'Ouest et gestion de la croissance dans l'Est, les défis sont multiples. Ils appellent une vision régionale cohérente, capable de conjuguer attractivité et équilibre des territoires.

Sources : Insee Flash Bretagne n°121 (février 2026), Insee L'essentiel sur la Bretagne, France Bleu Bretagne, Bretagne Économique, Armorstat, ABP.

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