Embauche en Bretagne : Quels sont les métiers qui recrutent vraiment au printemps 2026 ?

Ils sont boulangers, développeurs informatiques, soudeurs navals ou conseillers agricoles. Dans une région qui affiche l'un des taux de chômage les plus bas de France (6,2 %), les opportunités professionnelles ne manquent pas. Mais entre les besoins criants des entreprises et les profils disponibles, le fossé se creuse. Voici le guide complet des métiers qui embauchent réellement en Bretagne ce printemps.
Avec 129 810 demandeurs d'emploi en catégorie A et environ 260 000 en catégories A, B et C selon les derniers chiffres de France Travail, la Bretagne reste l'un des territoires les plus dynamiques de l'Hexagone .
Pourtant, derrière cette photographie flatteuse se cache une réalité plus contrastée : 17 % des entreprises déclarent rencontrer des difficultés de recrutement, et ce chiffre grimpe à 23 % dans le seul secteur du bâtiment .
"Le marché du travail en Bretagne est encore extrêmement dynamique, même si on peut constater quelques nuances, souligne Angélique Goodall, directrice de France Travail Bretagne. Nous avons des entreprises qui recrutent, mais aussi des candidats dont les profils ne sont pas toujours adaptés aux postes proposés. C'est tout l'enjeu de France Travail que de travailler sur cette adéquation" .
Sur les 590 000 offres d'emploi recensées par France Travail en 2025 dans la région, 132 260 ont débouché sur un recrutement, soit une moyenne de 360 embauches par jour . Alors, où sont les véritables opportunités en ce printemps 2026 ? Tour d'horizon sectoriel.
Industrie : Le grand retour des métiers techniques
Une dynamique portée par la défense et l'aéronautique
C'est le secteur qui tire son épingle du jeu. Selon la dernière enquête de la Banque de France, l'industrie bretonne devrait enregistrer une hausse de son chiffre d'affaires de 3 % en 2026, avec des investissements en progression de 13,2 % . Une embellie portée par deux secteurs stratégiques :
La fabrication de matériels de transport (automobile et naval) : +8,7 % de CA prévu, avec des exportations en hausse de 18,1 %
La fabrication d'équipements électriques et électroniques : +6,6 % de CA, et +10,8 % à l'export
"L'activité industrielle dépasse la moyenne de long terme pour le huitième mois consécutif. C'est notamment le cas dans les produits informatiques-électroniques-optiques, les machines et équipements et les autres produits industriels, où l'activité est tirée par les secteurs de la défense et de l'aérospatiale", confirme la Banque de France dans son rapport de février 2026 .
Les métiers recherchés
Ingénieurs et techniciens navals : À Brest, Naval Group recrute actuellement un chargé d'études coque structure pour une mission d'intérim de trois mois renouvelable . Le poste requiert un BAC+2 à BAC+3 (type BUT GMP ou licence professionnelle CRCI) et une expérience de minimum 5 ans en conception 3D/CAO dans l'industrie navale. Taux horaire proposé : 16 € brut .
"Les difficultés d'approvisionnement dans l'industrie, globalement stables, se tendent quelque peu dans l'aéronautique et les produits informatiques électroniques-optiques", nuance toutefois la Banque de France, signe que la reprise s'accompagne de tensions sur les chaînes d'approvisionnement .
L'agroalimentaire, parent pauvre de la reprise industrielle ?
L'agroalimentaire, qui représente 40 % des effectifs de l'industrie bretonne, connaît une accélération plus modérée (+2,8 % de CA attendu). Les exportations devraient néanmoins reprendre des couleurs (+3,6 % attendus) après une année 2025 marquée par les difficultés de la filière laitière et les taxes chinoises .
Services et numérique : L'appétit insatiable des recruteurs
Information-communication et activités scientifiques en pointe
Les services marchands ne sont pas en reste, avec une progression attendue de +3,5 % du chiffre d'affaires en 2026, portée par l'information-communication et les activités scientifiques et techniques .
Les métiers recherchés
Développeurs et concepteurs informatiques : La Carsat Bretagne recrute actuellement un concepteur développeur intégrateur d'applications en CDI à Rennes . Le poste, basé au siège rennais, propose une rémunération mensuelle brute de 2 700 € à 2 815 € (soit 37,8 K€ à 39,4 K€ annuel brut) avec 13ᵉ et 14ᵉ mois .
Les missions ? Analyser les besoins métiers, concevoir et développer des solutions applicatives, rédiger des cahiers des charges, réaliser des tests et assurer la maintenance des applications. Un Bac+3 à Bac+5 en informatique est requis .
"Nous ne recherchons pas des candidats parfaits, mais des personnes motivées, désireuses d'apprendre, de contribuer et de s'impliquer durablement", insiste l'annonce de la Carsat, qui met en avant le sens du service public comme qualité essentielle .
Conseillers clientèle à distance : Un acteur majeur de l'assurance mutualiste française recrute des conseillers clients à distance à Rennes pour un démarrage le 18 mai 2026 . Le poste en CDI propose un salaire annuel brut de 32 290 € (13ᵉ mois et prime vacances inclus). Mission : accompagner une clientèle fidèle sur des contrats habitation, protection juridique, garanties des accidents de la vie et gestion simple de sinistres. Une première expérience en relation client téléphonique est appréciée .
Un secteur qui souffre : l'hébergement-restauration
Tous les services ne se portent pas aussi bien. Les entreprises du secteur de l'hébergement et la restauration envisagent un recul de leurs effectifs et une dégradation de leur rentabilité. "C'est un secteur qui souffre, confronté à une très forte concurrence et des difficultés de recrutements", souligne Florent Saint-Cast, responsable des affaires économiques à la Banque de France en Bretagne .
BTP et construction : La traversée du désert se poursuit
Troisième année de production négative
C'est le point noir du tableau économique breton. La production dans la construction devrait rester négative pour la troisième année consécutive (-0,3 % en 2026 contre -0,8 % en 2024 et 2025) .
Les chiffres sont éloquents :
23 % des entreprises du bâtiment rencontrent des difficultés de recrutement, soit le taux le plus élevé tous secteurs confondus
L'investissement est en fort recul : -11,1 % en 2026
14,8 % des dirigeants de la construction prévoient une baisse de leurs effectifs
"Alors qu'en 2025, le gros œuvre a beaucoup souffert (-6,5 % de production), il retrouve un peu des couleurs en 2026 avec une hausse des permis de construire accordés. Par contre, le second œuvre devrait être plus en retrait en 2026 du fait de la baisse anticipée des travaux de rénovation. Dans ce secteur, on ne s'attend pas à une réelle reprise avant 2027", poursuit Claudine Hurman, directrice régionale de la Banque de France en Bretagne .
Les métiers recherchés (malgré tout)
Techniciens du patrimoine bâti : La Communauté de communes du Pays de Dol et de la Baie du Mont-Saint-Michel recrute un technicien patrimoine en CDI à Dol-de-Bretagne . Le poste consiste à coordonner les travaux d'entretien, de rénovation et d'aménagement du patrimoine de la collectivité (bâti, parcs d'activités, sentiers).
Profil recherché : Bac+2 en bâtiment et travaux publics/génie civil, expérience souhaitée de 6 mois sur un poste équivalent. Avantages : titres restaurant (8 €, 60 % pris en charge), participation employeur à la prévoyance (15 €/mois) et à la complémentaire santé (25 € puis 35 €), télétravail possible .
Agriculture : Une filière en transition qui recrute
Accompagner les nouveaux installés
Le secteur agricole, confronté à un renouvellement générationnel majeur, recherche des profils capables d'accompagner les porteurs de projet.
Conseillers installation : La Chambre d'agriculture de Bretagne recrute un conseiller installation compétences en CDD de trois mois à Kervignac, pour un salaire annuel de 29 000 € à 35 000 € .
Les missions : accueil et information au Point Accueil Installation, réalisation d'entretiens "compétences" pour proposer un plan de professionnalisation personnalisé, suivi des plans de formation, animation d'actions collectives.
Profil recherché : Bac+2 minimum avec expérience dans le domaine du conseil agricole, connaissance du monde agricole et des entreprises agricoles, bonnes aptitudes relationnelles .
"Un des rôles stratégiques de la Chambre d'Agriculture est d'accompagner l'agriculture dans ses transitions économiques, sociétales et climatiques", explique l'annonce, qui met en avant l'engagement de l'institution dans les défis du XXIᵉ siècle .
Les métiers prioritaires pour la taxe d'apprentissage 2026
Un arrêté du 26 novembre 2025 a identifié les dix métiers qui connaissent les plus importants besoins de recrutement en Bretagne en raison d'un manque de personnes formées .
Parmi eux figurent notamment les techniciens et agents de maîtrise en services financiers ou comptables. Ces métiers sont également présents dans les listes prioritaires de quatorze autres régions françaises, signe d'une pénurie nationale .
Cet état des lieux, publié par le GREF Bretagne, permet aux centres de formation bretons de prioriser les filières répondant aux besoins immédiats des entreprises tout en sécurisant les parcours des apprenants vers des métiers porteurs .
Perspectives 2026 : Un marché de l'emploi résilient mais sous tension
Des difficultés de recrutement persistantes
Les chiffres de la Banque de France sont clairs : 17 % des entreprises bretonnes déclarent rencontrer des difficultés de recrutement . Un taux qui masque de fortes disparités sectorielles :
Secteur | Difficultés de recrutement | Perspectives 2026 |
|---|---|---|
Bâtiment | 23 % | Production négative |
Industrie | ND | Hausse du CA (+3 %) |
Services | ND | Hausse du CA (+3,5 %) |
Une confiance prudente des dirigeants
Le baromètre semestriel réalisé par les CCI, CMA et chambre d'agriculture de Bretagne auprès de plus de 3 000 dirigeants bretons révèle un certain attentisme .
Que ce soit dans l'agriculture, les commerces, la construction, l'industrie ou les services, tous les secteurs anticipent une dégradation de leur activité pour 2026. "Ce que l'on entend de la part des dirigeants, ce n'est pas une incertitude liée au flou, c'est vraiment : ça ne va pas le faire au vu du contexte actuel", résume Jean-Pierre Rivery, président de la CCI Bretagne .
Pourtant, les chiffres de l'emploi restent solides. Près de 47 % des dirigeants interrogés déclarent avoir observé une dégradation de leur rentabilité au second semestre 2025 (et 40 % une stabilité). Malgré cela, l'emploi reste stable, preuve que les entreprises bretonnes continuent d'investir dans leurs effectifs malgré un contexte économique incertain .
"Globalement, quel que soit le secteur d'activité, les effectifs bretons resteront stables en 2026 et la rentabilité, neutre en 2025, devrait repartir à la hausse. En matière de défaillances d'entreprises, il semble qu'on ait atteint un pic et que le plus dur est derrière nous.
On sent une sorte d'immunisation, d'autonomisation face aux incertitudes. Les entreprises ont appris à s'adapter, continuent à innover. Le climat économique reste sain", conclut Claudine Hurman, directrice régionale de la Banque de France en Bretagne .
Conclusion : Saisir les opportunités là où elles se trouvent
Ce printemps 2026 confirme la bonne santé relative du marché de l'emploi breton, mais aussi ses déséquilibres. L'industrie navale et électronique, les services numériques et financiers, l'agriculture en transition offrent de réelles opportunités, tandis que le bâtiment traverse une zone de turbulences qui devrait durer jusqu'en 2027.
Pour les candidats, l'enjeu est double : se former aux métiers qui recrutent (comme les techniciens financiers, identifiés prioritaires par le GREF Bretagne) et développer les compétences comportementales (adaptabilité, sens du service public, écoute) que les recruteurs placent désormais au cœur de leurs annonces.
Dans un marché où l'on compte 360 embauches par jour, les opportunités existent. Encore faut-il savoir les voir et, surtout, y être préparé.


